4. Développement et production des genres plus fragiles ou en expansion

L’un des grands enjeux d’un secteur audiovisuel en bonne santé est de se doter de moyens stables et pérennes pour développer de nouveaux projets, gages d’avenir et d’émergence de nouveaux talents. Or, dans un marché qui privilégie les formules qui marchent, au sein duquel les recettes ont plutôt tendance à chuter, et où les financements deviennent de plus en plus difficiles à trouver, les producteurs voient se réduire de manière très préoccupante leur capacité à investir dans le développement de projets audacieux et novateurs. D’autant qu’ils sont très peu soutenus par les guichets d’aides publiques, où les soutiens spécifiques au développement restent rares et très limités. Si deux initiatives récentes du CCA – la mise en place d’aides au développement pour les longs métrages de fiction et le fonds séries belges lancé conjointement avec la RTBF – sont venues pallier quelque peu ce manque, la phase de développement reste incontestablement l’étape la plus « fragile » de la production, notamment pour les jeunes maisons de production. L’UPFF sera attentive à chercher des pistes permettant d’encourager la création en soutenant mieux les producteurs dans leurs démarches de développement.

Dans la même optique – et parce que la diversité culturelle est ce qui permet l’émergence de talents et d’œuvres qui font la richesse et l’originalité de notre production –, l’Union accordera lors de cette législature une attention particulière à l’amélioration du financement des courts métrages et des documentaires (tout en veillant à maintenir, parallèlement, le niveau de financement des longs métrages de fiction). En effet, ces genres n’ont actuellement pas ou peu d’accès à certains guichets comme les fonds régionaux ou Belgacom, et vont qui plus est subir de plein fouet les conséquences du retrait de VOO de la CSF. Si l’accès au nouveau Tax Shelter devrait leur être facilité (en comparaison avec le système actuel, où l’investisseur détient des droits sur les recettes du film et peut dès lors être amené à privilégier les films au profil le plus commercial possible), il faudra attendre les premières levées de fonds pour évaluer l’impact réel de la réforme en leur faveur. Une réflexion plus globale sera alors menée afin d’identifier et de travailler sur d’autres sources de financement à développer.

Autre genre réputé moins fragile mais encore peu développé en Belgique francophone, la production de séries télévisées initiées en FWB qui bénéficie du nouveau fonds FWB-RTBF, mériterait également de pouvoir s’appuyer sur des sources de financement suffisantes pour permettre la réalisation de projets aboutis, réellement susceptibles de susciter l’engouement du public et de créer une dynamique pérenne de production dans ce nouveau créneau. L’UPFF a en effet attiré l’attention de la RTBF et du CCA sur le risque qu’il y avait à produire avec trop peu de moyens des séries dont le côté low cost pourrait se ressentir à l’écran. La toute première série issue de l’appel à projet venant juste d’être diffusée, et les projets suivants étant actuellement en phase de développement avancé ou de tournage, l’Union suivra attentivement les résultats de ce premier appel et ne manquera pas d’évaluer le dispositif mis en place en s’appuyant sur l’expérience des producteurs impliqués.

TVseries_01

4. Développement et production des genres plus fragiles ou en expansion

2. Refinancement de la CSF et renforcement du rôle du CCA

Refinancement de la Commission de Sélection des Films

Alors que les câblo-opérateurs wallons rassemblés sous la bannière VOO (groupe Nethys) avaient, jusqu’en 2014, toujours choisi d’honorer leur obligation d’investissement dans les œuvres de la Fédération Wallonie-Bruxelles par le biais d’une contribution directe au Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel (CCA), investie dans le budget annuel de la Commission de Sélection des Films (CSF), la situation a brutalement changé, au cours de l’année 2014, lorsque VOO a annoncé sa volonté d’investir directement en coproduction/préachat auprès des producteurs.

Concrètement, c’est donc un montant d’environ 2.000.000€ qui échappe à la CSF au profit d’un « nouveau guichet » permettant à VOO de concentrer ses investissements sur des œuvres choisies. Si l’argent ne disparaît pas totalement, il est évident que les choix de VOO vont s’opérer sur des bases différentes (plus commerciales) que celles de la CSF, dont la mission consiste à soutenir la diversité culturelle et qui se doit de respecter un équilibre entre les différents genres. Par ailleurs, les apports de VOO en coproduction et préachat dans les films qu’ils choisiront de soutenir arriveront bien plus tard dans le processus de production que ceux de la CSF, qui a pour particularité de pouvoir soutenir les projets très tôt et joue, de ce fait – et de par les montants qu’elle amène – souvent un rôle de « starter », permettant de déclencher la levée d’autres financements importants pour le film.

Alors que l’activité dans la production en Belgique francophone n’a cessé de croitre ces dix dernières années et que les augmentations de budget de la CSF (qui n’a jamais bénéficié d’indexations annuelles) sont restées relativement rares, cette diminution budgétaire de 2.000.000€ est une catastrophe pour la diversité, notamment pour les types d’œuvres dont l’accès à la coproduction chez VOO restera limité (courts métrages et documentaires mais aussi premiers longs métrages de réalisateurs ou films ayant un profil plus art et essai).

Si nous sommes évidemment conscients qu’il n’est pas réaliste, en cette période de crise et de nécessaires économies, de demander au gouvernement de la FWB de dégager un montant de 2.000.000 qui permettrait de couvrir complètement le trou créé dans le budget de la CSF par le retrait de VOO, il est primordial que des solutions soient trouvées afin d’atténuer au moins partiellement les conséquences de cette situation. Dans ce sens, nous avons d’ores et déjà commencé le travail avec le CCA:

  • Le CCA a fait le point sur les différentes enveloppes dont il dispose et identifié, notamment au niveau du mécanisme de primes au réinvestissement, quelques moyens transférables à la CSF pour les années 2015 et 2016 sans risque de grever d’autres soutiens importants pour le secteur.
  • L’UPFF a imaginé, avec le CCA et les autres associations professionnelles présentes au Comité de Concertation, une réorganisation des enveloppes et des barèmes pour 2015 et 2016 destinée à atténuer autant que possible les effets néfastes de la baisse de moyens.
  • Une réflexion à plus long terme sur la CSF est également en cours, afin d’évaluer si des changements structurels (composition de la Commission, critères d’attribution des soutiens, ) pourraient contribuer à en améliorer le fonctionnement.

Parallèlement aux efforts consentis par le CCA et le secteur, et à tout le processus de réflexion qui s’est ouvert sur l’avenir de la CSF, l’UPFF plaide pour que le gouvernement évalue de son côté les possibilités de dégager une enveloppe destinée à compenser partiellement le départ de VOO et/ou travaille à développer à plus long terme de nouvelles sources de financement pour la CSF.

Renforcement du rôle du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel dans le soutien à la production et à la promotion des films

Au-delà de la CSF, qui reste le premier guichet pour la production majoritaire francophone et le seul ayant une mission principalement culturelle, il est primordial que le CCA garde une position forte dans le soutien à la production (en ce compris son aspect développement), à la diffusion et à la promotion de notre cinéma. Ce guichet culturel est en effet particulièrement précieux dans un marché mondialisé qui laisse de moins en moins la place à l’originalité et à l’audace et où nos producteurs peinent à trouver du financement. Dans ce sens, il est primordial d’éviter toute baisse de budget supplémentaire et de lui assurer les moyens nécessaires pour préserver l’attribution des soutiens les plus nécessaires au développement du secteur, au maintien de la diversité et à la mise en valeur de notre production vis-à-vis du public.

CCAFWB

2. Refinancement de la CSF et renforcement du rôle du CCA